3 décembre 2017 Étiquettes : , ,

Jean-Benoit Beurre – Panique au Netto

Cet incident remonte, mais comme apparemment je ne suis pas le seul à l’avoir vécu, je viens témoigner.

C’était à une époque ou tout allait mal, rien n’allait bien, ou l’homme était un animal dans ma vie, et pas de bébé pour noël n’était prévu, alors je me droguais tranquillement dans l’attente de jours meilleurs. Autant dire que j’étais à fleur de peau du cul, et on était la veille du réveillon, il fallait acheter du pinard et une boite de petits poids en conserve.

Comme à l’époque j’avais envie de faire les coucourses comme de me pendre, j’ai tout naturellement attendu le dernier moment pour y aller, soit 2H avant que ça ferme pour les fêtes, et naturellement c’était blindé du cul. J’étais naturellement rendu parano et con par toute la drogue que j’avais fumé auparavant. Dans ces moments là, je ne vois pas trop les gens, ils sont juste des silhouettes menaçantes dont j’évite de scruter les détails sous peine de chier dans mon froc. Je me faufile donc dans les rayons par ordre : fruits et légumes (à l’époque, je ne cuisinais pas, donc j’ai rien pris), produits laitiers (la crème fraiche salvatrice qui rend tous les plats doux et onctueux, le fromage qui éponge la bière) la bidoche de merde (les saucisse à 1 euros qui se changent instantanément en cancer selon mes amis en couple) les conserves, les bières de rigueur enfin bref … Avec le minimum syndical je décide d’aller affronter la file d’attente, qui sont évidemment de longueurs épiques, voire marathon. Je choisis celle du milieu et c’est alors que je remarque que le type devant moi est une espèce de petite ordure trappue, genre turc-allemand la 30aine abîmée par la mauvaise cocaïne, l’oeil torve, vener’ car plus d’argent pour aller aux putes (putes qu’il avait l’habitude de dérouiller) En effet, celui-ci se retourna et me jeta un oeil noir, ho, je ne l’ai pas pris personnellement, mais il était evident que ce type là avait LA HAINE, je n’ai jamais vu un visage décrivant des envies aussi malsaines, c’était peut-être à cause des crevasses dans sa peau ou du rictus qui déformait sa bouche en mimant un chien prêt à mordre, j’en sais rien. Je ne sais plus ce qu’il achetait,  peut-être rien, pas grand chose en tout cas car il avait les poings serrés, peut-être voulait-il juste en découdre avec la caissière. J’ai senti les contractions s’emparer de mes muscles, la chaleur m’étreindre et la sueur abonder de ma peau, mes dents se mirent à claquer et c’est alors que j’ai sauté hors de la file d’attente pour survivre. J’ai fui au rayon surgelés pour refroidir toute cette tension, et j’ai essayé de retrouver un peu mon calme : ça serait vraiment trop la merde si je devais partir du supermarché sans mes comissions, putain, faut que j’arrête de fumer ça ne va plus du tout, allez courage mon vieux JBB t’es pas un lâche, tu peux le faire, vasy gros. J’ai attendu un peu et j’ai opté pour la file de gauche, qui s’était dégrossie, je me suis cramponné jusqu’à la caisse et j’ai payé et je suis parti en courant dans le froid et les flocons gelés me flagellaient le visage, punition amplement méritée mais sans impact sur le soulagement que j’éprouvais après avoir réussi cette épreuve.

8/10 car pour une fois je ne me suis pas ennuyé


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Technicien – Monop, samedi 14 h

Après deux jours de report sporadique, je suis bien obligé d’échanger de l’argent contre des objets qui seront ingérés puis chiés. En sortant de chez moi, je passe devant Lidl pour évaluer le nombre de gens qui font la queue; c’est beaucoup trop. Tant pis, je ne prendrai que de l’accessoire qui coûtera trop cher, je vais me faire bolosser chez Monoprix.

Je passe chez le Turc pour acheter des olives, je prends les vertes pimentées que je suis le seul à pouvoir manger parce que les copains les trouvent trop fortes. J’en ai pour un euro dix, le patron arrondit à un euro, oubliant les dix centimes que je lui devais de vendredi dernier. Cool.

Arrivé chez Monoprix, je suis agréablement surpris par le peu de clients qui attendent de se faire encaisser. Je suis scrupuleusement la liste, hormis le fait que je prends des petits suisses au lieu d’un kilo de fromage blanc et/ou de yaourt. Je constate avec plaisir que le prix des bières Goudale en grande boîte a stagné à 1.53 euro, ce n’était pas une erreur d’affichage. C’est moins cher qu’une ambrée ou une trappiste, j’en prends quatre, tant pis pour mon début de bedaine. En fond sonore, une niaiserie à l’autotune succède à du rap français auquel on ne comprenait strictement rien.

Arrivé à la caisse, une femme est en train de payer, et un homme attend derrière moi. Il me semble que le tapis roulant pouvait fonctionner lorsque la dame passait, et la caissière demande à l’homme de pousser les articles qu’il s’apprête à rapporter chez lui dans sa direction. Il s’exécute sans dire un mot. Sans dire un mot non plus, je suis assez frustré de cette situation, puisque j’avais déployé tout un dispositif pour que mes boîtes de bière ne fissent pas cinquante aller-retours à chaque impulsion du tapis. Je m’exécute à mon tour alors que l’homme remballe ses articles. La caissière scanne les miens, que je range dans un sac en coton brut blanc, plus grand que ceux des hipstères, et que j’ai acheté chez Carrefour de Guy-moquet il y a une quinzaine de jours. Il est retourné à cause d’une sérigraphie publicitaire – si je l’ai acheté, ce n’est certainement pas pour faire l’homme-sandwich d’une marque qui n’en a pas besoin et qui ne me paiera pas. La caissière du Monop m’étonne par sa jeunesse, puis je me rends compte que si elle a dix ans de moins que moi, elle a l’âge légal de travailler, que c’est moi qui vieillis et qu’il serait temps que je m’y fasse. Elle est mince, assez laide et a l’air sympathique. Je lis sournoisement son prénom sur un badge accroché à son gilet d’uniforme, puis je l’oublie aussitôt. J’en ai pour plus de vingt euros, alors que je comptais dépenser moins de la moitié.

D’après la légende, on peut à peu près tout y voler, sauf de l’alcool. Je n’ai essayé – et réussi – qu’une fois, il y a une dizaine de jours, avec un pot de caviar de tomates, l’article le plus cher de la catégorie “un peu n’importe quoi à étaler sur du pain libanais”.

J’achète une baguette sur le trajet du retour, fait exceptionnel. En rentrant, je me rends compte que j’avais la braguette ouverte.

Le lot de mauvaises surprises et de prises de conscience me paraît finalement bénéfique et constructeur. Je donne à ces courses un bon 8/10; elles auraient été parfaites si je n’étais obligé d’y retourner demain (marché), et lundi (probablement Lidl dans la matinée pour les produits moins accessoires et les chances d’y voir moins de monde).


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